Reconstruire Gaza avec Minecraft

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Se réunir, se détendre et faire une pause dans des espaces verts, propres, ouverts à toutes et tous... Vu d’ici, cela paraît si évident et pourtant, dans certaines régions du monde, ce besoin élémentaire ne va pas de soi. C’est le cas de Gaza marquée au plus profond de ses entrailles par des années de guerre. Mais si le processus de reconstruction post-conflit est bel et bien enclenché, les femmes  et les jeunes y sont peu associés, un phénomène que la Belgique veut inverser.

Le contexte

004-UNHabitat-Utilizing%20Minecraft%20in%20Gaza2.jpgDix ans de blocus et plusieurs cycles de violence ont profondément marqué la bande de Gaza, qui porte jusqu’à ce jour les stigmates des hostilités de l’été 2014 et des attaques régulières qui suivent depuis et ce, tant d’un point de vue matériel que humain. Les maisons, les écoles, les universités et les mosquées qui ont été endommagées suite à ces bombardements se comptent par milliers.

Si le processus de reconstruction avance, il implique peu les femmes et la jeunesse dans la planification urbaine, notamment lorsqu’il s’agit d’y intégrer la problématique de la sécurité des espaces publics. Or, quand on sait que pas moins de 70% de la population gazaouie est âgée de 0 à 29 ans, il y aurait tout intérêt à davantage en tenir compte et en les incluant davantage. En effet, les jeunes, tout comme les femmes, peuvent apporter une contribution précieuse à la réflexion menée sur l’avenir de leurs villes ainsi que sur les questions de mobilité et de sécurité dans les lieux publics.

La solution

C’est la raison pour laquelle le Programme des Nations Unies oeuvrant pour un meilleur avenir urbain (ONU-Habitat) utilise avec le soutien de la Belgique, le jeu vidéo de construction libre Minecraft. Le jeu, une sorte de Lego digital, permet de créer bloc par bloc, un environnement en trois dimensions. Véritable succès planétaire avec 50 millions d’exemplaires vendus, Minecraft se révèle être un outil puissant pour engager, à l’échelle mondiale,  les jeunes défavorisés des pays du Sud, aux projets d’aménagement urbain de leur ville. ONU-Habitat l’a bien compris et c’est ainsi que l’organisation a conclu un partenariat avec Mojang, la société créatrice du jeu vidéo, afin de développer une plateforme pour l’innovation urbaine appelée « Block by Block ». Cette initiative donne l’occasion aux jeunes de donner leur avis sur ce à quoi devraient ressembler les villes selon eux. Ainsi, à Gaza, des dizaines de jeunes des deux sexes, ont appris à utiliser le jeu Minecraft pour concevoir un espace public répondant aux besoins de leur communauté et ce, durant trois semaines de formation sur l’égalité des sexes, les outils numériques et l’engagement civique en lien par exemple, avec l’inclusion des personnes handicapées

Mais ce n’est pas tout. Dans le cadre de sa stratégie " Digital for Development – D4D ", la Belgique soutient également un appel lancé à Gaza début 2017. Son objectif : développer plusieurs espaces publics dans les zones les plus défavorisées de la Bande de Gaza. Avec la contribution des jeunes et des femmes dans l’ensemble du processus. De cette façon, la Coopération belge au Développement veut démontrer que de solutions innovantes et la numérisation contribuent à une société plus inclusive, dans le respect des droits démocratiques des groupes les plus vulnérables.

Le résultat

002-UNWomen_Pubic%20Garden%20in%20Gaza%20BEFORE.jpgUn jardin pour toutes et tous... C’était jusqu’à récemment un rêve lointain pour les femmes et la jeunesse des localités d’Al-Shoka, Beit Lahie et Al-Zawayda  , des quartiers touchés par la guerre et la violence à Gaza. Il aura fallu réunir trois femmes architectes et un groupe de jeunes pour reconstruire les jardins publics des trois quartiers.

« J’étais ravie de faire partie du projet de reconstruction du jardin d’Al-Shoka », se souvient Dalia Osama, une jeune architecte de Rafah, une ville du sud de Gaza limitrophe avec l’Egypte. Passionnée par son métier mais également par les questions liées au genre, elle répond il y a quelques années à une annonce cherchant des femmes architectes pour concevoir un jardin public à Al-Shoka, un petit quartier marginalisé de Rafah. Quelques semaines plus tard, elle décrochait le travail dont elle rêvait. C’était juste avant la guerre de 2014, juste avant que le jardin qui était alors le seul espace vert du quartier, ne soit détruit.

Depuis juillet 2017, dans le cadre d’un programme conjoint d’ONU Femmes et d’ONU-Habitat financé par la Belgique, Dalia Osama et deux autres architectes, Samah Al-Nahal et Niohal Zourob, travaillent à redessiner les jardins d’Al-Shoka, Beit Lahia et Al-Zawayda,  sur base des dessins lauréats du jeu Minecraft et qui furent réalisés par des enfants.

Ce qui dans le processus de reconstruction a le plus enthousiasmé Dalia Osama, c’est que les jardins deviennent désormais un lieu où chacun – y compris les femmes et les filles – peut se rendre sans avoir peur d’y être harcelé. Aujourd’hui, tous se sentent heureux de pouvoir les fréquenter à nouveau.

En effet, c’est courant 2018 que les trois quartiers ont ré-ouvert des jardins publics conçus par les femmes architectes sur base des idées transmises par les habitants. Selon Gateway, l’entreprise sociale basée à Gaza qui a appris aux habitants à utiliser la technologie numérique comme outil d’engagement civique, plus de la moitié des participants étaient des participantes, âgées de 20 à 27 ans. 

005-BeitLahiaGazaAFTER3-dec18.JPG« Les femmes et les filles des trois quartiers ont demandé un bon éclairage, des clôtures, des pelouses et des arbres ainsi que des espaces distincts pour les femmes et les familles », explique Mariam Anu-atta, chargée pour la protection de la femme et de l’enfance, un partenaire d’exécution du programme conjoint. Aujourd’hui, tous se sentent fiers et comme propriétaires de ces jardins publics qu’ils ont aidé à faire revivre.

Ainsi, grâce à ces jardins, les femmes gazaouies qui d’ordinaire ne sont pas censées sortir seules, peuvent se rencontrer dans un espace public où leurs enfants peuvent jouer et profiter d’une boisson ou d’une crème glacée proposée par les petites cafétarias. Les panneaux solaires installés sur les toits des bâtiments construits dans chaque jardin fournissent l’électricité pour la cafétaria, les sanitaires et les lampadaires. Le réseau WIFI offert gratuitement par la municipalité attire également des nombreux jeunes qui viennent au parc pour se détendre et faire du sport.

« Le jardin public est le fruit d’une approche innovante utilisant à la fois la technologie numérique et l’engagement civique pour promouvoir la participation des femmes et des jeunes aux efforts de reconstruction à Gaza », explique Heba Zayyan, responsable du bureau d’ONU Femmes à Gaza.

Et de conclure:

Maintenant que tout le monde l’a reconstruit ensemble, ce n’est plus un jardin d’hommes, mais un jardin pour toutes et tous.

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